Pablo Correa sur le Journal du Perigord publié le jeudi 5 février 2009
[ Une de mes chroniques exclusives publiée dans Le Journal du Périgord N°168 - janvier 2009 ]Des dessins aux couleurs ternes qui me laissaient dubitatif, mais dont les traits expressifs débordaient de sève... C'était avec cette impression que mon regard passait d'une toile à l'autre dans la salle d'exposition d'un peintre que je ne connaissais pas encore, mais dont j'allais suivre l'évolution depuis ce jour sans relâche. J'étais impressionné, pour ne pas dire ému, ce soir là par la tête d'un macaque prête, on l'eut cru, à pousser un cri strident, et par des augustes aux regards presque funestes qui jouaient sous des chapiteaux vides et sans joie. Je demandais à une visiteuse si elle pouvait me désigner l'artiste : il était à l'autre bout de la salle, louangé par quelques dilettantes. La casquette mollement posée sur la tête d'un John Lennon réincarné, vêtu de ce qui provenait sans doute d'un surplus de l'armée, c'est ainsi en 2005, que je voyais Pablo Corréa pour la première fois ; il avait vingt-quatre ans. [ la suite sous la photo ]

Aujourd'hui, il n'a guère changé... toujours ce même visage fin aux lunettes cerclées de maillechort ; un visage au teint de gosse anémique dont le tiers inférieur est à peine dissimulé sous une barbe courte châtain et clairsemée (rasée le jour de la photo Ndlr) ; une longue silhouette surmontée de couvre-chefs qui varient selon l'humeur du jour ; affublé, comme il l'était alors, de trop larges attributs dont les militaires ne veulent plus.
Je lui ai demandé un jour, si d'être le fils de José Corréa*, était déterminant dans son choix des arts plastiques. Il m'avait répondu que toute personne hypersensible, pour rester saine, se doit de trouver un médium qui lui permettra d'extérioriser ses émotions, que ce soit la musique, l'écriture, où plus naturellement dans ce cas, la peinture. Sans renier l'influence que son père a pu avoir sur lui, ni celle de son célèbre patronyme auquel certains de ses proches et amis tendaient dans sa jeunesse à vouloir associer le destin, Pablo Corréa affirme sa différence. Cette différence si manifeste qui fait que ses tableaux m'émeuvent autant que ceux d'un Picasso ou d'un Francis Bacon, parce que je comprends un peu ses tristes clowns ou ses singes névrotiques ; parce qu'il existe à la surface de ma peau des atomes qui s'accrochent à ses toiles de lin ou de chanvre.
En trois ans, Pablo a mûri. Il a acquis surtout une hardiesse dont il fait usage avec grand bonheur pour se produire devant des audiences d'une vingtaine à plusieurs centaines de spectateurs. Il faut le voir sur la scène d'un théâtre ou lors de l'inauguration d'une salle des fêtes ou celle d'un service hospitalier. Parfois accompagné au piano par son complice Pierre Cherbero, il s'accroupit pour préparer les couleurs primaires sur la large palette posée à terre, puis bondit sur sa toile la brosse à la main, et trace dans un geste enlevé, les courbes bleues délavées qui seront l'ébauche de son œuvre.
Je m'amuse à chaque fois, à observer l'audience et à y déceler les nouveaux initiés dont la mine étonnée révèle la difficulté à se réchauffer aux couleurs froides du tableau. Car un tableau de Pablo, ce n'est pas l'image bucolique d'un champ de blé par un beau jour d'été, ce n'est pas un galant qui conte fleurettes à sa belle sous le regard attendri d'un chérubin, ce n'est pas non plus un fier moulin vivifié par les eaux de la Dronne. Pour trouver la beauté dans ses figures énigmatiques il faut y mettre du sien ; accepter que cela ne nous charme pas. Pour percevoir la force d'expression qui exulte des toiles de Pablo Corréa, il faut se laisser surprendre par les coulures et les gouttes claires qui les parsèment ; il faut suivre du regard les traits forts et précis, appuyés d'épaisses tâches de couleurs bleue, rouge, jaune, posées à même la surface avec le doigt ou le tube.... Remarquez avec quelle aisance il achève ce visage, cette colombe, cette tête d'auguste et fait naître d'un tour de main magistral la vie dans leurs pupilles. Et même si vous ne faites pas l'effort attendu de vous, il vous en fera voir de toutes les couleurs, et aux dernières notes de Cherbero, s'il est là pour l'accompagner, ou quand Pablo se tournera vers vous une vingtaine de minutes plus tard, vous resterez désarmé devant un tel déploiement de courage et de talent. Vous serez comme je le suis, acquis à ses couleurs.
WL
*José Corréa est un artiste peintre-illustrateur dont vous pouvez admirer chaque mois dans le magazine une aquarelle illustrant un texte de Michel Testut.
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[ Un article que j'ai fait paraître dans Le Journal du Périgord N°165 - octobre 2008 ]
Cette réserve fait que l'existence d'Isabelle Barbosa demeure pour moi une énigme. Seuls les faits qui l'ont éprouvée durant les quelques mois qui nous séparent de l'hiver dernier m'ont été révélés.
Deux semaines donc avant Noël, le Cooki's fut ravagé par un incendie. Les habits, les bibelots, les murs, enfin tout ce qui jusqu'alors attestait la réussite de sa vie professionnelle était ici, consumé par les flammes, là, noirci par la fumée, ailleurs, abîmé par l'eau... Devant ce triste spectacle, Isabelle ressentit un intense sentiment de désespoir et de panique, effrayée a l'idée de s'être rendue coupable d'une négligence quelconque. Un sentiment de culpabilité qui fût vite mis de côté quand, les experts en assurance de la Swiss Life jugèrent que la responsabilité de l'incendie incombait à un compteur électrique défaillant. Elle serait remboursée. Oui, mais quand ? et que faire entre temps ? Il était impensable que la boutique fut remise à neuf avant Noël.
Comme cela arrive souvent dans ces cas-là, l'histoire de liquidation, qui avait sans doute était confondue avec une cessation d'activité, faisait se délier une ou deux mauvaises langues locales. Celles-ci pensaient injustement qu'Isabelle s'était rendue coupable d'un plan machiavélique ; ce qui évidement était un non-sens. Mais pour en être fausses et absurdes, les calomnies n'en furent pas moins difficiles à entendre. Après plusieurs mois durant lesquels sa courbe émotionnelle avait épousé les sinuosités de montagnes russes, Isabelle s'est découverte une force de caractère qu'elle ne soupçonnait pas être si grande, et elle sait désormais qu'elle pourra compter sur cette arme défensive contre toutes les adversités futures.



Après un temps d'angoisse et de vaches maigres aggravé par une erreur, dont son avocat se serait rendu coupable, on l'a vue sur le marché de Périgueux en train de vendre du papier toilette... Un geste symbolique sans doute qui déclencha un intérêt auprès des médias locaux ainsi qu'un élan de solidarité de la part de nombreux commerçants et habitants de la ville ; une solidarité dont elle est à ce jour sincèrement reconnaissante. La mobilisation ne se fit pas attendre et bientôt, Michel Moyrand maire de Périgueux contactait Gilbert Amen PDG d'Investimo pour que l'on trouve rapidement une solution.










Sa peinture est très expressive, il voit du bleu partout et çà le fait! Il a des allures de surdoué
Correa est un peintre relativement doué c'est vrai mais de là a éprouver la méme émotion devant ses toiles que devant celles de Francis Bacon ou celles de Picasso, il ne faut pas exagérer quand méme ! ou bien de jamais s'étre retrouvé devant celles de ses artistes-là ... ou ne rien comprendre à la peinture tout simplement..
Si le style varie, la passion reste la même d'un Pablo à l'autre !
L'art, sous quelque forme que se soit, est indispensable pour vivre épanoui ; l'art était déjà présent dans la préhistoire ; les peintures, la musique. l'art c'est ce qui restera quand tout se sera effondré !
Il est regretable que les sciences aient pris le dessus dans notre enseignement !
Pablo ressemble à Raphael, le chanteur , le nouveau moule ????
j'aime particulièrement ce billet, ce qu'il évoque et suggère. Tu ne pourrais, William, écrire ce que tu écris si tu n'étais pas toi-même un artiste. A part "croquer" avec des mots, que peins-tu ?
Magnifique Pablo
Bises de Jo
pablo, un ami dont on oublie rarement les peintures (meme à 5h du mat) et qui avec le temps prouve que la peinture moderne à sa place dans notre 21eme siecle...